Le président de la République, Emmanuel Macron, a inauguré, samedi 21 février, la 62e édition du Salon international de l’agriculture (Sia) au Parc des expositions de Paris.
Le chef de l’État n’a pas dérogé à la tradition. Il s’est rendu, aux premières heures de la journée, au Hall 1 pour couper le ruban tricolore, notamment en compagnie de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, et du président du Salon, Jérôme Despey.
C’est sur fond de crise agricole que cet événement, qui rassemble chaque année plus de 600.000 visiteurs, s’est ouvert. En témoigne l’absence des bovins pour cause de dermatose nodulaire contagieuse, une absence qui est révélatrice des maux qui frappent le secteur agricole «depuis maintenant trois ans», a souligné Arnaud Rousseau, le président de la Fnsea.
Entre les mauvaises récoltes qui ont fait plonger les revenus des céréaliers dans le rouge, la crise viticole, la baisse du prix du lait, les accords de libre-échange passés (Mercosur) et futur (Australie), les retards dans la publication des décrets d’application pour la loi d’orientation et la loi Duplomb, les distorsions de concurrence sur les produits phytosanitaires avec les autres pays européens, les inondations (Garonne, Loire…) qui touchent de nombreuses exploitations, «la coupe est pleine». Au point que les agriculteurs nourrissent un sentiment de déclassement (lire encadré).
«Il faut des actes»
Après un traditionnel petit-déjeuner sur place, Emmanuel Macron a rencontré une délégation de la Fnsea conduite par son président, Arnaud Rousseau. «Un entretien assez, très franc et très direct», a relaté Arnaud Rousseau. Le dialogue a tourné autour de la négociation de la Pac, et Emmanuel Macron a déclaré au patron du syndicat majoritaire «qu’il comptait jusqu’au dernier moment être à la manœuvre», c’est-à-dire jusqu’au mois de mai 2027. Lors des échanges, il a aussi été question de la balance agro-alimentaire française qui, «seulement excédentaire de 181 millions d’euros, a perdu 10 milliards d’euros en trois ans dont près de 5 Md€ en un an».
«Quand on regarde les chiffres, et notamment la balance commerciale, on n’est pas au rendez-vous, voilà ce qu’on lui a dit», a indiqué Arnaud Rousseau qui a martelé la nécessité et le «besoin de redonner de l’ambition, de la vision» à l’agriculture française.
Le chef de l’État a également rencontré le président des Jeunes agriculteurs, Pierrick Horel, et le secrétaire général, Quentin Le Guillous. «On a vu un président assez à l’écoute. Maintenant il faut des preuves, des actes», notamment «sur le renouvellement des générations», a déclaré ce dernier.
De manière beaucoup plus étonnante, Emmanuel Macron s’est entretenu avec le président de la Coordination rurale, Bertrand Venteau, qui avait juré ses grands dieux qu’il boycotterait l’inauguration en raison de la gestion de la crise de la Dnc. La Confédération paysanne a décidé, quant à elle, de ne pas rencontrer le président de la République.
Ligne de fracture
La crise agricole est perceptible au sein de la population. Les Français eux-mêmes se déclarent majoritairement inquiets (85 %) pour l’avenir de l’agriculture française, selon une enquête d’opinion* réalisé par OpinonWay pour Calif Solutions, un cabinet de conseil en affaires publiques.
Plus du tiers (38 %) des personnes interrogées se disent même «très inquiètes» pour l’avenir de l’agriculture et des agriculteurs. Cette crainte est nourrie par le fait même qu’ils se disent très attachés au monde agricole. En effet, 87 % des Français déclarent avoir une bonne opinion des exploitants et exploitantes agricoles. Ils sont aussi 80 % à juger qu’ils ne sont pas suffisamment soutenus par les pouvoirs publics, et 79 % estiment qu’ils ne sont pas rémunérés à leur juste valeur. Par ailleurs, près des trois-quart des sondés (71 %) considèrent que les importations sont plutôt «une mauvaise chose, en raison de leurs impacts sociaux, environnementaux et sanitaires».
Cependant, quand il s’agit de passer à l’action et à la caisse, les Français sont moins nombreux : 71 % se disent prêts à payer plus cher pour garantir une rémunération équitable, et 72 % pour des produits ayant un impact positif sur l’agriculture française. De surcroît, «un peu plus de la moitié (55 %) soutiennent l’objectif de produire davantage en France, quitte à alléger certaines normes environnementales, tandis que 44 % préfèrent maintenir des standards stricts». Cette tension «révèle une ligne de fracture structurante du débat agricole français : comment concilier souveraineté productive, compétitivité économique et exigences environnementales ?», souligne l’enquête d’opinion.
Un sentiment de déclassement réel
Pour Pierre-Marie Aubert, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), «le sentiment de déclassement des agriculteurs est réel, et sa cause est à chercher dans la crise du revenu, elle-même ancrée dans une crise de perspective», a-t-il déclaré. En France, le revenu moyen a stagné, alors que chez un grand nombre de voisins européens il a augmenté : il a été multiplié par 2,5 au Danemark, quasiment par deux en Allemagne, les Italiens font + 60 %... Pour lui, les filières sont mal positionnées, le tissu agro-industriel est fragilisé et l’agriculture française peine à répondre à la demande croissante en produits d’entrée de gamme. Résultat : la France, premier producteur européen de blé, est importatrice nette de farine ; grande productrice de lait, elle importe du fromage. à ces problèmes viennent se greffer des contraintes structurelles comme la stagnation des rendements de nombreuses cultures (blé, orge, colza, pois).
(*) Conduite les 28 et 29 janvier 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 1.061 Français



