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Loi d'urgence agricole : Les réactions au vote du Sénat

Manifestation du 13 janvier 2026 FNSEA-JA à l'Assemblée nationale. © Actuagri-CS
Manifestation du 13 janvier 2026 FNSEA-JA à l'Assemblée nationale. © Actuagri-CS

Le Sénat a adopté le 3 juillet le projet de loi d’urgence agricole. Si les filières de grandes cultures et de l'élevage saluent une avancée majeure pour la souveraineté alimentaire, les défenseurs de l’environnement et la Confédération paysanne crient à la régression écologique.

Comme il fallait s’y attendre, les avis restent très partagés après le vote du projet de loi d’urgence agricole par la chambre haute, avec d’un côté les opposants et de l’autre les partisans. Pour les principales associations spécialisées de producteurs (AGPB, AGPM, CGB, FOP et UNPT*), ce vote marque le « retour du bon sens paysan ». Ces organisations saluent la reconnaissance de l'acte de production et estiment que le Sénat adresse un signal fort : « il ne peut y avoir de sécurité alimentaire sans agriculteurs capables de produire, d'investir et d'innover ». Elles se félicitent notamment des avancées sur le stockage de l'eau, indispensable pour sécuriser les récoltes face au changement climatique. Même satisfaction du côté de la Fédération nationale bovine (FNB). Son président, Patrick Bénezit, souligne des « avancées notables » sur l'étiquetage de l'origine des viandes transformées et la gestion de la prédation. La FNB voit également d'un bon œil l'évolution des discussions sur le « tunnel de prix », y voyant une avancée majeure pour le respect du coût de production de référence. Pour le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France, le texte répond enfin à l'urgence, notamment via l'article 2 quater qui permet des dérogations pour certaines substances interdites en France mais autorisées ailleurs dans l’UE, afin de répondre aux impasses techniques.

Un « recul majeur » pour l'environnement

Le son de cloche est radicalement opposé chez les défenseurs de l'environnement. Un collectif d'organisations (SNPN, WWF, LPO, Parcs naturels régionaux** etc.) se dit « atterré » par un « affaiblissement sans précédent de la protection des zones humides ». Ils dénoncent une mesure qui risque d'aggraver la vulnérabilité des territoires face aux sécheresses et aux inondations. Jean Burkard, directeur du plaidoyer au WWF France, prévient : « On ne résout pas une crise de l’eau en prélevant et en polluant toujours plus une ressource qui devient rare ». Sur le plan politique, les sénateurs du groupe SER (Socialiste, Écologiste et Républicain) ont voté contre le texte, déplorant une « posture idéologique de la droite sénatoriale » privilégiant la dérégulation. Le président du groupe, Jean-Claude Tissot, regrette la réautorisation des néonicotinoïdes et la remise en cause des prérogatives des élus locaux dans la planification de l'eau. La Confédération paysanne dénonce de son côté, un texte « mortifère ». Le syndicat se montre particulièrement virulent, accusant le Sénat d'être le « complice de l'agrobusiness ». Pour la Confédération paysanne, le texte ignore les problèmes structurels comme le revenu paysan au profit d'un modèle exportateur. Elle fustige la volonté de faire disparaître les zones humides et le principe du « stockage à tous les étages » pour l'irrigation, qualifiant ce déni de « coupable » face au climat.

La Commission mixte paritaire prévue le 16 juillet devrait procéder aux derniers ajustements. Les filières productrices appellent à confirmer ces avancées pour garantir la souveraineté alimentaire alors que les opposants espèrent encore l’échec de la CMP pour obtenir l'abandon de ce projet de loi. 

* AGPB (blé), AGPM (maïs), CGB (betteraves), FOP (oléoprotéagineux), UNPT (pommes de terre) 
** SNPN (protection de la nature), LPO (protection des oiseaux)