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La canicule chahute les productions agricoles

© Photo DR iStock
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Le ministère de l’Agriculture a fait le point le 25 juin sur les premières mesures mises en place dans les départements touchés par l’intense épisode de canicule. S’il est trop tôt pour établir un premier bilan, les fortes chaleurs des derniers jours vont laisser des traces dans les exploitations. 

Au 25 juin, sur le front de la sécheresse, pas moins de 16 départements français étaient en crise, 17 en alerte renforcée, 15 en alerte simple et 29 en vigilance.  Pas moins de 72 départements métropolitains étaient placés en vigilance rouge canicule ! Déjà entre le 14 janvier et le 22 février, la France avait connu 40 jours consécutifs avec au moins 1 mm de pluie en moyenne nationale, un record depuis 1959. Le printemps n’a pas permis de rattraper le retard : les mois de mars, avril et mai ont accusé un déficit national de précipitations d’environ 30 %. Les chaleurs dépassant les 35°C et parfois les 40°C ont aggravé une situation déjà précaire.

Les services du ministère sont également très vigilants sur les conditions de travail des agents, des étudiants, des stagiaires mais aussi des salariés agricoles. Ces mêmes services ne cachent pas que les cultures et les animaux souffrent déjà de cette situation. « Il faut s’attendre à une perte globale de rendements », a indiqué un proche de la ministre Annie Genevard. Les tensions se font sentir sur le maïs qui doit commencer sa floraison sous peu. Le stress hydrique gagne certaines cultures, comme les pommes de terre, les arbres fruitiers, les betteraves ou encore les légumes de plein champ. « Les légumes sous serres résistent mieux », a-t-on précisé  rue de Varenne. S’il est encore trop tôt pour se prononcer même sur un bilan provisoire, les services ministériels s’attendent à des pertes importantes sur le tournesol, et les parcelles de maïs non irriguées*. D’après les premières estimations, la production totale de maïs pourrait déjà être amputée de 15 à 30 %.

Les préfets ont reçu des instructions pour interdire dans certains départements, notamment ceux en vigilance rouge incendie, les travaux des champs entre 13h00 et 20h00. « Mais le ministère de l’Agriculture n’a pas l’ambition de généraliser ces pratiques au niveau national », a prévenu un collaborateur de la ministre. 

Décompte prématuré

Les animaux sont également soumis à très rude épreuve « car ils mangent moins en période de grandes chaleurs », a expliqué un conseiller de la ministre qui confirme des « augmentations de mortalité sur l’ensemble du territoire, toutes espèces ». Ce qui génère fatalement des pertes de rendement et donc de revenus. Les mortalités sont plus nombreuses dans les bandes de volailles très sensibles à la chaleur (lire encadré). Il est impossible de dresser aujourd’hui un décompte mais plusieurs dizaines voire centaines de milliers de volailles n’ont pas résisté à la surchauffe des bâtiments. En conséquence, les équarrisseurs sont très sollicités. Dans le département des Deux-Sèvres, pas moins de 17 élevages n’avaient pas pu, le 24 juin, enlever leurs volailles mortes, pour un volume atteignant 182 tonnes. Pour parer au plus pressé et éviter tout risque sanitaire, les services de l’État ont saisi les directions de l’environnement (DREAL) et les agences régionales de santé (ARS) pour autoriser des enfouissements à proximité sur des parcelles déjà identifiées, telles que les Installations sanitaires pour déchets non dangereux (ISDND). Cette mesure devrait permettre de réduire les volumes traités par les usines d’équarrissage et d’éviter leur engorgement. « Les volailles mortes se décomposent très vite et peuvent ralentir le débit des outils dans ces usines », a précisé une source proche du dossier. De même, les transports de bétail sont impactés par cet épisode caniculaire. Certains ont été interdits entre 13h00 et 18h00 sauf exception.

* Environ un million d’hectares pour environ 500 000 ha de maïs irrigué.

 

La filière avicole en état d’alerte maximale

Dépourvue de glandes sudoripares, la volaille évacue la chaleur par la respiration buccale, ce qui la rend extrêmement sensible aux fortes températures. Pour limiter le stress thermique, les professionnels s'appuient sur des systèmes de ventilation, de brumisation et de refroidissement, équipements qui ont fait l'objet d'investissements massifs ces dix dernières années. Dans les élevages de plein air, les éleveurs ouvrent les poulaillers et ajoutent des ventilateurs. L’alimentation est adaptée le matin et le soir pour éviter le surcroît de chaleur lié à la digestion, tandis que l’eau est enrichie en vitamines et minéraux.

Les éleveurs sont constamment sur le qui vive multipliant les passages, jour et nuit, pour surveiller l'état de santé des animaux et le bon fonctionnement des installations. Pour l’interprofession volailles de chair (Anvol), la priorité est de limiter la mortalité, a-t-elle indiqué dans un communiqué. Elle demande également aux autorités la mise en place des protocoles de stockage en froid négatif en cas de pertes.