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«Aider à voir la lumière, au bout du tunnel»

En quête d’un projet «qui ait du sens», Cloé Oesch est actuellement salariée sur l’exploitation familiale.
En quête d’un projet «qui ait du sens», Cloé Oesch est actuellement salariée sur l’exploitation familiale.

Diplômée à la fois d’un BTS agricole et de l’école d’éducateurs spécialisés, Cloé Oesch fait de la prise en compte de la détresse du monde paysan, son cheval de bataille. De retour d’une expérience d’écoute et de conseil au Québec, elle voudrait apporter sa pierre à l’édifice des outils à disposition des agriculteurs lorrains.

Originaire de Trondes dans le Toulois, Cloé Oesch est rentrée du Canada au mois de mai dernier, à l’issue d’une expérience inédite et enrichissante. La jeune femme a vécu sa jeunesse bercée dans l’ambiance de la ferme familiale du GAEC Renard Moulin, dont son père est l’un des associés. Naturellement, elle se forme à l’agriculture, et obtient un BTSA Productions animales, au lycée agricole de Pixerécourt, en 2017.

Au cours de son cursus « le relationnel [lui] manque ». Elle entreprend alors des études pour devenir éducatrice spécialisée. Une fois diplômée, en 2020, elle travaille dans un établissement qui accueille de jeunes mineurs étrangers non accompagnés, à Épinal, une première expérience professionnelle.

Détresse présente partout

Cloé Oesch a soif de connaître d’autres agricultures. Elle s’envole, au mois d’août 2022, découvrir l’agriculture paysanne au Canada. Elle sera accueillie successivement sur deux fermes de taille différente au Québec et dans l’Ontario. Nourrie, logée, elle participe aux travaux. Si les vaches laitières sont encore à l’attache, la technicité des éleveurs est enrichissante pour elle. Elle termine enchantée son séjour immersif, six mois plus tard. Outre Atlantique, comme ici, en France, Cloé est interpellée par « la détresse du monde paysan qui est présente partout ».

À l’heure de prendre son orientation définitive, débute pour elle une phase de discernement, habitée par « la volonté d’entreprendre quelque chose qui a du sens ». Elle entre en relation avec l’association canadienne « Au coeur des familles agricoles (ACFA) » qui va l’embaucher, le temps d’un remplacement pour congé maternité, en tant que « travailleuse de rang ». Cloé prend à nouveau la direction de l’Amérique du Nord, pour vivre une nouvelle expérience d’un an et demi. La mission d’ACFA vise à concourir au bien-être des agriculteurs, de leur famille, voire de leurs salariés.

Une maison de répit

Fondée en 2003, l’ACFA est présente dans dix régions du Québec. Elle intervient de plus en plus, à la fois parce que la demande va crescendo, mais aussi du fait qu’elle soit désormais connue et reconnue. L’association est soutenue financièrement par le ministère de la Santé. Mais également par l’Union des producteurs agricoles du Québec qui fédère « 97 % des agriculteurs », et par des dons multiples d’organismes agricoles ou de particuliers. Un bon tiers des personnes en souffrance appellent elles-mêmes le numéro provincial dédié. Les familles ou les intervenants agricoles de proximité peuvent également signaler leurs inquiétudes, en prévenant, ou pas, les agriculteurs ou agricultrices concernés.

La jeune Touloise témoigne. « Nous y pratiquons de la prévention et de la déstigmatisation. Une maison de répit permet d’accueillir les agriculteurs ou agricultrices qui en auraient besoin. Ils peuvent y séjourner une semaine, accompagnés par leur travailleuse de rang. Un temps de prise de recul pour retrouver confiance en soi ; de réflexion sur une future prise de décision… ». La problématique numéro un est la gestion des conflits intergénérationnels, entre associés, ou au sein du couple… Il s’agit alors de conseiller pour rétablir la communication. Vient ensuite le stress provoqué par une surcharge de travail, l’épuisement, l’insomnie, les difficultés, le tout conduisant à la remise en question professionnelle. Mais d’autres causes engendrent parfois le malaise : les accidents, les incendies, les maladies, l’état sanitaire du troupeau… Un imbroglio multifactoriel pouvant déboucher sur des tendances suicidaires… qu’il faut parfois évaluer, avant d’accompagner et de sécuriser.

Soutenir, sans juger

La première raison d’être de la travailleuse de rang se situe dans « l’écoute, pour apporter des outils concrets, en réfléchissant ensemble. Si besoin, je les réfère à des acteurs du milieu agricole, à des professionnels de santé ou toute autre ressource pouvant leur venir en aide ». Cloé Oesch insiste sur son rôle de présence « non pas pour les juger, mais pour les soutenir, leur fournir les outils pour les aider à voir la lumière au bout du tunnel, tout en respectant leur rythme, leur volonté et la confidentialité ». La thèse de la chercheuse universitaire Ginette Lafleur, qui porte sur la protection de la santé mentale des agriculteurs québécois et suisses, inspire également Cloé.

De retour sur son petit coin des terres touloises, elle reste imprégnée par ce qu’elle a vécu. Elle voudrait apporter sa pierre à l’édifice, de toutes les initiatives prises en France sur le sujet. Elle a déjà établi le contact avec la Msa nationale, et rencontré l’association Solidarité Paysans. « Je souhaite encourager les personnes en détresse à utiliser les programmes existants » (lire encadré) confie-t-elle, remarquant qu’ils sont insuffisamment connus du monde paysan. Tout en restant disponible pour échanger sur son parcours, ou renseigner sur les modalités pratiques pour vivre un séjour en immersion à l’étranger.

« Il y a toujours un moment pour chacun d’entre nous, ou cela va moins bien » relève Cloé qui apprécie le modèle des Cuma. « Un réseau d’entraide, d’échanges qui n’est pas qu’économique, des relations, des amis, c’est fort de travailler ensemble ». Une forme d’organisation qui, paradoxalement, reste beaucoup moins développée au Québec.

 

Pour prendre contact avec Cloé, il est possible de lui adresser un courriel, à l’adresse : cloeoesch@orange.fr.

 

Aide au répit administratif : La MSA demande la pérennisation

Sur les six premiers mois de sa mise en oeuvre, au second semestre 2024, 400 exploitants ont été bénéficiaires du dispositif expérimental d’aide au répit administratif, a indiqué la MSA nationale, le 16 juillet. Le total des prestations financées s’est élevé à 845.000 euros (1.270 euros par prestation en moyenne). Les deux filières les plus demandeuses sont l’élevage bovin et ovin (viande et/ou lait) à 45 % et l’horticulture à 24 %... Trois types de prestations ont été particulièrement sollicitées : le secrétariat administratif (gestion de factures, courriers, paiements…) par 71 % des bénéficiaires, l’aide aux obligations réglementaires (registre d’élevage, déclaration des revenus professionnels MSA, demande de prise en charge de cotisations, etc.) par 15 %, et le soutien au numérique par 14 %. Une étude qualitative du dispositif a été réalisée au début de l’année. «L’évaluation de l’expérimentation confirme la pertinence de l’aide au répit administratif face à une surcharge administrative devenue un facteur majeur de mal-être et un symptôme pour les exploitants agricoles», précise la MSA. Autant d’éléments qui la pousse à demander la pérennisation du dispositif dans le cadre des négociations de la Convention d’objectifs et de gestion 2026-2030 qui ont débuté en juin.

 

Les contacts utiles

• Les personnes ressentant des idées suicidaires, ou inquiètes pour un de leurs proches, peuvent contacter le 3114. Un professionnel en prévention du suicide est disponible 24 heures sur 24, sept jours sur sept, pour vous répondre
• Pour joindre la cellule d’aide Agri-écoute nationale de la MSA, composer le 09 69 39 29 19, 24/24, 7/7
• En Lorraine, le numéro d’appel est le 03 83 50 35 35, du lundi au jeudi de 8h30 à 17h et de 8h30 à 16h30 le vendredi.
Réagir 54, écoute, accompagnement, soutien, suivi, pour un nouveau départ. Téléphone du lundi au vendredi : 06.12.15.20.94. Courriel : reagir@meurthe-et-moselle.chambagri.fr.
• Pour joindre Solidarité Paysans Lorraine et Haute Marne contacter le 03 29 35 33 17.