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Saveurs Paysannes : 30 ans et toujours le goût du lien

De g. à d. chez Saveurs Paysannes : Aurélie Pierson (productrice et adhérente), Catherine Barbier (co-présidente), Claire Merlin (productrice et adhérente en charge de la communication) et Chloé Norguet (co-présidente).
De g. à d. chez Saveurs Paysannes : Aurélie Pierson (productrice et adhérente), Catherine Barbier (co-présidente), Claire Merlin (productrice et adhérente en charge de la communication) et Chloé Norguet (co-présidente).

En 2026, Saveurs Paysannes célèbre trois décennies d’engagement au service de l’agriculture fermière de Meurthe-et-Moselle. Précurseur des circuits courts, le réseau lance une année anniversaire dense, pensée pour rassembler producteurs, partenaires et grand public autour des valeurs paysannes et des territoires vivants.

Trente ans après sa création, Saveurs Paysannes revendique un héritage solide et une vision résolument tournée vers l’avenir. « Cette conférence de presse représente à la fois un point d’appui et un point de départ », confie Chloé Norguet, co-présidente de l’association. « Les vœux adressés pour 2026 traduisent une volonté claire : continuer à défendre la reconnaissance des paysans et des produits ancrés dans leurs territoires ».

Fondée en 1996 par une quinzaine de producteurs fermiers, l’association rassemble aujourd’hui plus de 70 adhérents sur l’ensemble de la Meurthe-et-Moselle. « Dès l’origine, l’objectif consistait à créer un lien direct avec les consommateurs et à valoriser des productions fermières locales », rappelle Catherine Barbier.

Saveurs Paysannes, une association qui rassemble

Le fonctionnement de Saveurs Paysannes repose sur une organisation collective assumée. Deux co-présidentes se partagent les responsabilités, incarnant une gouvernance fondée sur l’échange et la complémentarité. « Le collectif reste la clé », insiste Catherine Barbier.

Le cahier des charges, certifié par des Organisme de Défense et de Gestion, garantit l’origine fermière et locale des produits. « Chaque adhérent s’engage sur la transparence et la qualité », souligne Chloé Norguet. « Derrière chaque produit, une ferme, un métier et un savoir-faire prennent place ».

Cette capacité à croiser les données issues des pratiques agricoles, de la communication et des attentes sociétales contribue au rayonnement du réseau, aussi bien au sens géographique que symbolique. « Saveurs Paysannes rayonne sur tout le territoire, parce que les producteurs parlent d’une même voix », résume Catherine Barbier.

Cultiver la convivialité

Pour marquer ses 30 ans, Saveurs Paysannes a choisi une programmation étalée sur toute l’année 2026. « Les partenaires, le grand public et les producteurs ne partagent pas toujours les mêmes besoins. L’idée consiste donc à proposer des formats variés, capables de rassembler tout le monde », explique Chloé Norguet.

Cette programmation résulte d’une démarche participative. Les adhérents ont été consultés en amont afin d’exprimer leurs attentes. « Une réponse s’est imposée très clairement : continuer à cultiver la convivialité », souligne Catherine Barbier, reprenant l’expression plébiscitée par les producteurs.

Marchés emblématiques, temps forts conviviaux et nouvelles propositions rythmeront l’année. Les événements grand public viseront à sensibiliser aux réalités du monde paysan. « Montrer des territoires porteurs et vivants reste essentiel », affirme Chloé Norguet. La conférence de presse marque ainsi le lancement officiel de cette année anniversaire.

Parmi les projets phares figure un album musical conçu avec Paul Damour. « Les paroles s’inspirent directement des témoignages de producteurs », précise Catherine Barbier. « Musique, émotion et culture s’entrelacent pour porter un message collectif ». L’ambition affichée s’avère fédératrice : « que toute la Meurthe-et-Moselle chante en chœur ».

Dans la distillerie d’Aurélie Pierson

La conférence de presse se déroule à la ferme des Chanottes, à Fécocourt, chez Aurélie Pierson, productrice adhérente. « Accueillir les 30 ans ici représente une vraie fierté », confie-t-elle. Son exploitation conjugue maraîchage, élevage de poules pondeuses et distillation artisanale.

Les spiritueux produits sur place proviennent majoritairement de mirabelles, complétées par des fruits rouges issus des arbres et arbustes fruitiers de la ferme. La distillerie traditionnelle, chauffée au feu de bois, reste également accessible aux particuliers.

Le projet familial s’enrichit de la présence de Mickaël, ancien restaurateur parisien. « Sa cuisine, désormais installée dans le pays du Saintois, s’appuie exclusivement sur des produits locaux », précise Chloé Norguet, illustrant le lien entre agriculture et gastronomie.

Reconnaissance collective de l’agriculture paysanne

L’ampleur du programme 2026 repose sur de nombreux soutiens. Terres de Lorraine apporte un appui structurant, aux côtés du Conseil départemental, de la Ville de Nancy, de Groupama, du Crédit Agricole et d’autres partenaires. « Ces collaborations rendent possible une programmation ambitieuse », souligne Catherine Barbier.

Pour autant, l’association rappelle l’essentiel. « Rien n’existerait sans l’engagement des producteurs et productrices », insiste Chloé Norguet. Saveurs Paysannes poursuit ainsi une mission centrale : faire connaître et reconnaître l’agriculture locale paysanne, renforcer le lien entre culture et agriculture, et valoriser les savoir-faire fermiers.

À l’issue de trente années d’actions collectives, une certitude s’impose. « L’histoire de Saveurs Paysannes continue de s’écrire avec celles et ceux qui nourrissent le territoire », conclut Catherine Barbier.

Camille et Jeff à Étreval

Pouvez-vous vous présenter ?
« Nous nous appelons Camille et Jeff. Nous avons créé la ferme La ferme d’Après à Étreval, où nous sommes installés depuis fin 2022. L’exploitation repose sur deux ateliers principaux : le maraîchage et l’élevage de poulets, tous deux conduits en agriculture biologique ».
Votre parcours n’est pas agricole à l’origine. Comment cette installation a-t-elle pris forme ?
« Il s’agit d’une reconversion. Nous travaillions tous les deux dans des bureaux, sans réel projet à long terme. L’idée d’une ferme existait, mais plutôt comme quelque chose à imaginer dans dix ans. Mais en 2017, c’était le déclic ! Nous avons décidé d’anticiper. Nous avons quitté nos emplois pour réaliser une année complète de woofing, afin de découvrir concrètement le métier sur l’ensemble des saisons ».
Pourquoi ce choix du woofing sur une année entière ?
« L’objectif consistait à voir la réalité du métier, pas seulement les périodes agréables. Travailler l’été, récolter des légumes, c’est une chose, mais il fallait aussi comprendre l’hiver, les contraintes, le rythme. Cette année a confirmé notre envie. Ensuite, une formation agricole a suivi, puis la recherche de foncier. Le terrain à Étreval s’est présenté en 2021, ce qui a permis de préparer l’installation progressivement ».
Quelle taille prend aujourd’hui votre ferme ?
« Pour l’instant, nous avons 5 hectares de terres en maraîchage et cette dimension nous convient bien. La demande en produits existe, mais l’idée reste de conserver une petite ferme. La diversification apporte déjà beaucoup de travail. En plus des légumes et des poulets, des arbres fruitiers ont été plantés. Une ferme diversifiée, oui, mais sans multiplier les ateliers au risque de s’y perdre ».
Comment s’organise la commercialisation ? 
Les ventes passent par le marché de Vézelise, quelques petits magasins locaux et surtout par le réseau des Emplettes Paysannes. La vente directe constitue le cœur du modèle.
Pourquoi avoir rejoint Saveurs Paysannes ?
« Saveurs Paysannes est très connue sur le territoire. En arrivant sur la ferme, un sentiment d’isolement s’est fait sentir. Travailler seul au milieu des légumes et des poulets, cela manque parfois de lien. Rejoindre le réseau permet de faire partie d’un collectif, d’échanger avec des producteurs installés depuis longtemps comme avec d’autres en reconversion. Sans être issus du milieu agricole local, ce réseau apporte des connexions précieuses ».
Où les lecteurs peuvent-ils vous rencontrer lors des événements Saveurs Paysannes ?
« Principalement via les Emplettes Paysannes. Le marché de mai arrive un peu tôt pour les légumes, mais une présence exceptionnelle est prévue en juin ».

Jeff et Camille Chatton-Legat, maraîchers et éleveurs de poulets bio à Étreval.