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Enseignement agricole : la santé mentale, un enjeu de société

Suite à la représentation, les comédiens interrogent les élèves pour susciter le débat. © Photo Marion FALIBOIS
Suite à la représentation, les comédiens interrogent les élèves pour susciter le débat. © Photo Marion FALIBOIS

Le 5 novembre et le 11 décembre, la MFR de Saint-Dié « La porte d’Alsace » accueillait la première édition d’un forum intitulé «Cap ou pas cap de cultiver ton bien-être ?». Cet événement alliait représentation théâtrale et ateliers afin de sensibiliser les jeunes à l’importance de la santé mentale.

À l’origine de cette initiative : les élèves. En effet, les équipes de l’Association santé et éducation et prévention sur les territoires (ASEPT) Lorraine ont mené l’enquête en 2024, auprès de 43 élèves de MFR. Issus de classes allant de la 4e à la Terminale, 66% d’entre eux ont confié être préoccupés par leur santé mentale. Sujet récemment médiatisé, car désigné comme grande cause nationale de l’année 2025, il reste encore difficile à appréhender, y compris pour les jeunes générations.

Former et sensibiliser

Les actions de l’ASEPT sont le plus souvent destinées à un public senior. Mais «cela fait longtemps que nous avons des échos selon lesquels il y a des soucis de santé mentale chez les adolescents» partage Emilie Solary, responsable de l’ASEPT Lorraine. Une fois l’enjeu identifié, les équipes de l’ASEPT et les formateurs de l’établissement ont élaboré un programme d’actions à destination des jeunes. Pour commencer, les encadrants de la MFR ont été formés aux premiers secours en santé mentale. «La première étape s’est déroulée en juillet. Il s’agissait d’une formation auprès des équipes pédagogiques.» explique Emilie Solary. Des professionnels du centre hospitalier de Ravenel sont ainsi venus former les encadrants. L’objectif : les munir d'outils et de techniques d'accompagnement pour qu’ils puissent venir en aide aux jeunes en détresse.

Ensuite, deux journées de forum ont été organisées. «Nous avons voulu faire deux sessions car les élèves de MFR sont formés en alternance. Ils n’étaient pas tous disponibles au même moment.» Tous les élèves de l’établissement, âgés de 13 à 18 ans, ont ainsi assisté à des représentations théâtrales, avant de se diriger vers les stands des organismes locaux partenaires.

Représenter pour susciter le débat

Pour donner corps aux différents aspects que peut prendre la notion de santé mentale au quotidien, la compagnie Tilt de Nancy présentait aux élèves une série de saynètes improvisée sur des sujets donnés. «Nous avons défini quatre sujets : le harcèlement, les réseaux sociaux, la déprime/dépression et les addictions.» explique l’organisatrice. La représentation était interactive : pour chaque saynète, les comédiens demandaient aux élèves de choisir les noms des personnages, le lieu de l’action, certains les rejoignaient même sur la scène improvisée. À la fin de chaque saynète, les comédiens donnaient la parole aux élèves : « qu’avez-vous vu ? » « Quel était le ressenti de mon personnage ? » «Le but est de favoriser l’expression et l’échange autour des sujets de santé mentale.» confie Emilie Solary. 

Identifier les acteurs locaux de santé

Suite aux représentations, les élèves ont chacun reçu une fiche « défi » sur laquelle se trouvaient cinq questions. Pour y répondre, ils devaient se rendre sur les stands des partenaires pour faire valider leurs réponses. «L’idée est de lancer l’échange et de créer du lien avec les professionnels du secteur» poursuit Emilie Solary. Parmi ces derniers se trouvaient : la MSA Lorraine qui animait un stand sur la prévention mal-être et un stand santé, la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) Vallée de la Meurthe représentée par un médecin traitant venu informer sur les premiers secours, la Maison des Adolescents qui proposait un stand pour l'accompagnement, la Fédération médico-sociale des Vosges (FMS) qui animait un stand sur les consultations jeunes consommateurs et le Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) La Croisée qui animait un stand sur les addictions. À l’issue de l’événement, l'ASEPT a remis un guide ressources à chaque élève afin qu’il ait en main toutes les informations nécessaires en cas de besoin. «C’est un document qui rassemble toutes les ressources pour prendre soin de soi en termes de santé, addictions, santé mentale, culture, etc. Nous avons rassemblé les contacts des acteurs de la santé mais aussi des ressources en ligne avec des QR codes à scanner.» 

Le projet ne s’arrête pas là puisque, dès janvier, deux classes seront formées par des psychologues à la communication non violente et à la gestion des émotions. «Nous avons ciblé deux classes car chaque niveau bénéficie d’une intervention.» Cinq séances de sophrologie seront aussi proposées en fin de journée, après les cours, aux élèves volontaires. «Ce sont des séances de 2h sur la gestion des émotions, du stress et de l’anxiété.» précise la responsable de l’ASEPT.

Au total, plus d’une centaine d’élèves de la MFR ont été sensibilisés à l’importance de la santé mentale. «C’est une expérimentation. Si le projet fonctionne bien et qu’il fait ses preuves, nous aimerions le dupliquer sur les autres MFR du département» confie l’organisatrice.