Au cours de ces dernières années, les exploitations laitières ont massivement investi dans les robots de traite. Aujourd’hui, les éleveurs qui n’ont pas encore franchi le pas sont parfois indécis entre l’option d’arrêter le lait ou celle d’investir dans la robotique. Dans le cadre du dispositif Inosys Réseau d’Elevage, un point sur ces situations a été effectué.
Avec l’augmentation du prix de la viande, certains éleveurs laitiers équipés de salle de traite, envisagent d’arrêter le lait en remplaçant les surfaces en maïs ensilage par des cultures de vente et en valorisant les prairies permanentes par un troupeau de vaches allaitantes. Cette orientation est envisagée pour soulager la charge de travail et notamment les contraintes des deux traites journalières. Mais attention, la baisse de revenu est importante.
L’autre option est d’envisager l’investissement dans un robot de traite à condition que la trésorerie de l’exploitation puisse faire face à cet investissement. Le schéma ci-dessous résume ces deux hypothèses.
L’arrêt du lait entraîne une baisse de revenu
Pour réaliser les simulations, plutôt que de prendre les prix actuels qui ne correspondent qu’au moment présent, nous avons retenu une conjoncture moyenne utilisée actuellement dans les études d’installation, qui permet de lisser des situations extrêmes et de mieux juger la rentabilité d’une production sur le moyen terme. Avec un prix du lait à 450 €/1.000 litres et un prix la vache de réforme charolaise à 5.90 €/kg, l’arrêt du lait sur l’exploitation étudiée entraîne une baisse du revenu disponible pour vivre et autofinancer de 85.000 €.
Pour généraliser, la baisse de revenu est d’environ 14 centimes d’euros par litre de lait supprimé lorsque des éleveurs font le choix d’arrêter cette production. De plus, la capitalisation dans le cheptel allaitant n’a pas été prise en compte. La vente du troupeau laitier risque de ne pas suffire pour financer le troupeau viande. Cette option ne peut donc s’envisager que s’il y a une baisse significative de la main-d’oeuvre (départ d’un ou deux associés) ainsi qu’une chute des annuités.
Sur le tableau 1, la baisse de revenu suite à l’arrêt du lait a été mesurée en faisant varier le prix du lait et celui de la viande. Même avec des prix de la viande élevés, la baisse de revenu reste importante.
Économiquement, le robot est préférable
Dans la seconde orientation, l’investissement dans un robot de traite a été simulée. Les 77 vaches sont réparties entre 68 traites et 9 taries. La stalle est donc saturée. Le tableau 2 synthétise les principales hypothèses prises dans l’étude système.
La baisse de revenu disponible suite à la mise en place du robot s’élève à 21.000 € (4.898 € + 900 € + 27.000 € - 11.887 €) alors que la baisse est de 85.000 € en cas d’arrêt du lait. Si l’exploitation peut bénéficier de 45.000 € de subvention (30 % d’un montant maximum subventionnable de 150.000 €) dans le cadre du programme Ambition Éleveurs, l’annuité du robot passe de 27.000 € à 21.600 €. En intégrant la variation de MSA, le coût de la mise en place du robot passe alors de 21.000 € à 17.000 €.
Robot ou salarié, ça se discute
Le coût d’un salarié après réduction du poste MSA (20.000 €) est proche de celui du robot (21.000 € ou 17.000 €). Les pro-salarié diront que ce dernier peut faire d’autres taches que la traite. Les pro-robots diront que la stalle est présente 24 h sur 24 même les jours fériés. À chacun de se faire son opinion… Attention, lors de la mise en place d’un robot de traite, de nombreuses exploitations voient leurs achats d’aliments augmenter en maintenant de gros apports de concentrés dans la mélangeuse et en complétant de façon importante au robot.
D’autres éleveurs préfèrent utiliser du concentré de production du commerce plutôt que du wheat feed. Le coût de la mise en place du robot peut alors vite approcher les 30.000 € voir les dépasser. Pour éviter ce dérapage et limiter le coût d’installation du robot, il est nécessaire de modifier le rationnement en réduisant notamment la complémentation à l’auge.
L’arrêt du lait sur une exploitation d’élevage est très tentant pour soulager la charge de travail. Mais attention cette orientation n’est pas sans conséquence sur le revenu de l’exploitation. Sans baisse importante des annuités et départ d’un ou plusieurs associés, cette démarche est rarement possible sur le plan économique. L’investissement dans un robot de traite, même si le coût est élevé, semble être une alternative plus intéressante que l’arrêt du lait d’un point de vue économique. Quelle que soit, l’orientation que vous envisagez, il est indispensable d’en parler avec votre conseiller de Chambre d’agriculture avant de prendre une telle décision.
Pour l’équipe Inosys Réseaux d’élevage Rémi VIAL, Cda 88 Lisa MILAN BALIZEAUX, Cda 55 Jean-Marc ZSITKO, Cda 54 Anaïs KAUMANNS, Cda 57 Mathilde JOUFFROY, Idele



