Le 28 avril dernier, la coopérative Emc2 organisait ses expertises végétales à Jeandelize. Une journée technique qui a rassemblé près de 150 personnes, dont environ 80 % d’agriculteurs. Certains adhérents avaient même fait plus de deux heures de route pour participer à la rencontre.
Anticiper l’après-flufénacet
Cette année, la journée était centrée sur le désherbage, dans un contexte marqué par le retrait du flufénacet. Les produits contenant cette matière active ne pourront plus être utilisés dès la fin de l’année 2026. «Nous cherchons des solutions pour remplacer cette molécule», explique Alban Weiten, responsable de la relation avec les adhérents chez Emc2.
L’objectif de la journée était donc de montrer les nouvelles alternatives disponibles ou en cours de développement. Les participants ont pu observer plusieurs essais réalisés par le service agronomie de la coopérative. «Nous vérifions ce que nous disent les fournisseurs avant de le proposer à nos clients. Ce côté expertise est une marque de confiance pour les adhérents», souligne Alban Weiten.
Les essais sont répétés sur plusieurs blocs et comparés à différents stades pour observer le comportement des produits selon les situations. «Emc2 ne se construit pas sur de la publicité. C’est une vraie représentation statistique que nous fournissons», poursuit-il.
La coopérative teste aussi des produits qui ne sont pas forcément commercialisés dans sa gamme. Cette année, les visiteurs ont notamment pu découvrir des essais autour du Luxi G2, un produit encore en développement. «Dans chaque contexte, nous regardons comment le produit réagit», précise Alban Weiten. «La coopérative s’engage pour la rentabilité des exploitations. Il ne faut pas prendre de risques avec nos adhérents».
Au total, quatre ateliers étaient proposés pendant la matinée, dont trois en plein champ et un en salle. Une occasion pour les agriculteurs d’échanger directement avec les techniciens et de partager leurs expériences.
Luximo et Isoflex : les nouvelles pistes étudiées
C’est en navette que les participants se sont rendus à Béchamps, quelques kilomètres plus loin, pour assister au premier atelier de terrain. Animée par Nicolas Gruselle, conseiller agronomique, cette intervention portait sur la gestion du vulpin et du ray-grass dans le blé. L’objectif de l’essai était de comparer l’impact de la date de semis sur la levée du vulpin, mais aussi de mesurer l’efficacité et la sélectivité des différentes stratégies de désherbage, en prélevée comme en postlevée, sur les variétés Chevignon et Thermidor.
Dans le cadre de l’après-flufénacet, les équipes agronomiques ont notamment travaillé avec le Luximo. «C’est une nouvelle action racinaire qui est efficace sur les très jeunes adventices», explique Nicolas Gruselle. Le produit est testé depuis 2022 sur une quinzaine d’essais menés par la coopérative. Le conseiller agronomique a également évoqué l’arrivée d’une nouvelle matière active attendue pour 2028 : l’Isoflex. Celle-ci pourrait être utilisée sur céréales, maïs, colza et pommes de terre.
Quelques mètres plus loin, un second atelier était animé par Julien David, agronome chez Emc2. Il portait sur la problématique des ombellifères, et plus particulièrement de l’anthrisque. «Il y a une émergence dans de nombreuses parcelles», souligne-t-il. Sur céréales, la stratégie repose surtout sur une intervention au printemps, avec des applications réalisées sur adventices jeunes.
Plusieurs solutions ont été testées afin de trouver le meilleur compromis entre efficacité technique et coût économique. Parmi les programmes ayant donné de bons résultats figurent notamment le Nimble à 50 g/ha associé à Adiakar à 20 g/ha, ainsi que le Provalia Lqm à 1 l/ha dans les situations de forte pression d’anthrisque.
Opsa : une technique sous conditions
Sur le site de Jeandelize, une autre présentation était consacrée au glyphosate. L’occasion de rappeler les bonnes pratiques d’utilisation et le respect des conditions d’application. Les essais menés par Emc2 ont notamment permis d’identifier les doses réellement efficaces et de mesurer l’intérêt des adjuvants, tout en restant dans le cadre réglementaire.
La dernière séquence technique portait sur les orges de printemps et les semis anticipés, appelés Opsa. Face au retrait du flufénacet, cette pratique apparaît comme une piste intéressante pour limiter les levées de vulpins. En avançant les dates de semis des orges de printemps, les techniciens observent une réduction du nombre d’adventices présentes dans la culture. «Ces leviers agronomiques précoces permettent d’optimiser la diminution des adventices», explique un spécialiste d’Emc2. Une technique qui demande toutefois certaines conditions. «C’est réservé à certaines parcelles. Il faut des sols propres et un hiver clément», tempère-t-il.
En revanche, cette stratégie n’est pas recommandée pour les orges d’hiver. «Il ne faut pas changer les dates de semis des escourgeons. C’est contre-
productif», poursuit le spécialiste. Dans ces situations, le technicien privilégie plutôt une réflexion autour de la rotation des cultures et la mise en place d’un double programme de désherbage.
Au-delà de l’aspect technique, la journée s’est déroulée dans une ambiance conviviale et coopérative. Une seconde session des expertises végétales est prévue le 28 mai prochain en Haute-Marne. Les adhérents intéressés peuvent se rapprocher de leur technicien ou de la coopérative pour plus d’informations.



