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Conservation des grains : la désinsectisation par micro-ondes testée avec succès

Le charançon du blé est un petit coléoptère capable de causer de gros dégâts aux grains de céréales et de légumineuses. Crédit photo : Begonia
Le charançon du blé est un petit coléoptère capable de causer de gros dégâts aux grains de céréales et de légumineuses. Crédit photo : Begonia

Rapide, efficace et relativement économique, la désinsectisation des grains par micro-ondes ouvre des perspectives prometteuses pour les silos confrontés à des infestations d’insectes. Les essais menés par ARVALIS – Institut du végétal, en partenariat avec SAIREM, spécialiste français de la technologie, ont démontré son efficacité totale contre les charançons. Mais la méthode ne convient pas pour tous les débouchés, notamment pour l’orge de brasserie.

Dans le silo expérimental de Boigneville (91), ARVALIS a testé une colonne de traitement micro-ondes intégrée au circuit de manutention. Le principe : un champ électromagnétique de 915 MHz chauffe en quelques secondes les grains infestés, jusqu’à des températures cibles de 60 à 80°C.

Résultat : à 70°C, l’efficacité insecticide est de 100% sur les formes adultes et juvéniles de charançons, et cela quel que soit le débit de passage (1,4 ou 2,1 t/h). À 60°C, l’effet reste fort sur les adultes, mais les juvéniles survivent partiellement. Par rapport à la thermo-désinsectisation en séchoir, le gain de temps est considérable : quelques secondes de traitement contre plus d’une heure dans un flux d’air chaud. Cette rapidité permet de préserver les qualités technologiques du blé, ce qui constitue un atout majeur.

Peu d’impacts sur le blé, mais vigilance sur l’orge

Colonne d’application micro-ondes de SAIREM intégrée à la tour d’essai d’ARVALIS.Les analyses post-traitement montrent que les propriétés boulangères du blé (pâtes, mies, pains) ne sont pas altérées à 70°C ni à 80°C. Même les tests zootechniques confirment l’absence d’effet sur les performances d’élevage : le blé chauffé peut être utilisé sans risque dans les aliments pour volailles. Les variations de teneur en eau et de poids spécifique restent limitées : en moyenne, une perte de 0,4 % d’humidité et 0,6 kg/hl sur blé. En revanche, les pertes sont plus marquées sur orge (jusqu’à 1 % d’eau et 0,9 kg/hl).

Mais c’est surtout la capacité germinative qui pose problème pour l’orge de brasserie : au-delà de 70°C, l’énergie germinative chute sous le seuil contractuel de 95 %, compromettant le débouché brassicole. Pour cette filière, le procédé n’est donc pas applicable en l’état.

Un coût énergétique compétitif

Sur le plan économique, la technologie se défend bien. Les essais estiment la consommation entre 29 et 45 kWh par tonne, soit un coût de 6 à 9 €/t, contre environ 14 €/t pour une désinsectisation au gaz propane. Ce différentiel, ajouté à la rapidité du traitement et à l’absence de résidus chimiques, confère aux micro-ondes un réel intérêt pour la lutte curative dans les silos de petite à moyenne capacité.

La preuve de concept est donc établie : les micro-ondes constituent un outil efficace et plus vertueux pour maîtriser les infestations, y compris celles des charançons logés dans les grains. Reste à adapter le procédé à l’échelle industrielle, à optimiser les paramètres selon les céréales à désinsectiser et à sécuriser les débouchés sensibles comme la brasserie.

En attendant, cette innovation illustre parfaitement la dynamique de recherche portée par le projet GRANIonde, soutenu par l’Agence nationale de la recherche et l’Office français de la biodiversité dans le cadre d’Écophyto Maturation : réduire les intrants, tout en maintenant la qualité et la compétitivité des filières céréalières.